Ce que nous croyons !


« Vous êtes ici non seulement pour être confirmés sur votre chemin de foi,

mais aussi pour exprimer la vérité de l’engagement qui vous caractérise. »

Discours du Pape François à l’Association des Parents des Écoles Catholiques.


Si elle suscite l’intérêt et la curiosité, « Parents Pour l’École », nouvelle association de parents ayant des enfants dans l’Enseignement Catholique privé sous contrat, essuie quelques critiques. Lui est reprochée l’affirmation de sa confessionnalité. On craint que ce trait ne soit excluant, qu’il brise l’unité des familles. On redoute que d’autres confessions ne s’emparent de cette tentative pour obtenir aussi reconnaissance. Une association de parents est-elle donc légitime si elle est confessionnelle ? Quels arguments peuvent fonder un tel choix ?

Représentativité déficiente

A vrai dire, rien de ceci ne se serait produit si l’association de parents actuellement majoritaire dans l’Ecole Catholique avait pris à cœur et en charge la dimension spirituelle de l’institution qu’elle entend servir. Dans un récent document, appelé 10 bonnes raisons d’aller à l’école, l’Apel n’en mentionne qu’une ayant un caractère religieux. Intitulé « construire l’intériorité de l’enfant », le chapitre consacré à cette question n’évoque que deux fois le nom de Dieu, et pas une celui du Christ ni de l’Église. Étonnante de la part d’une association qui exerce sa mission dans un cadre ecclésial, cette lacune montre qu’on entend ici la question de la foi comme une pratique subjective et dénuée de transcendance. Comment s’étonner alors, face à ce désintérêt qui confine à la vacuité, que des parents se soient unis en association pour mettre en avant l’éducation religieuse que d’autres reléguaient ? Va-t-on reprocher à ces derniers de se soucier de l’espérance de leur progéniture ?

Une nécessité de principe

Ce reproche de confessionnalité est d’autant plus incongru que l’Église, dans un souci de promotion du bien commun, n’a cessé d’encourager les fidèles à se constituer en groupes pour devenir acteurs de la société. Ainsi, le Compendium de la doctrine sociale de l’Église déclare, à l’article 459, que celle-ci « soutient et éclaire le rôle des associations, des mouvements, et des groupes de laïcs engagés à vivifier chrétiennement les différents secteurs de l’ordre temporel ». Mieux encore, il est dit, à l’article 426, que « l’Église demande la liberté d’association à des fins non seulement religieuses mais aussi éducatives ». Appelé à être sel de la terre, le peuple de Dieu a pour mission d’irriguer toutes les strates du monde social de la vérité reçue de l’Évangile. Si cela vaut pour le milieu de la politique, du travail et des jeunes, cela est aussi valable pour celui des parents. Refuser que ces derniers s’associent au nom de leur foi c’est accepter que devienne illégitime l’existence des chrétiens démocrates, du syndicalisme chrétien comme des innombrables mouvements de jeunesse chrétienne. Un tel déni est une injustice. Il ôte aux parents la responsabilité spirituelle qu’ils ont à exercer dans l’éducation de leurs enfants. Il les prive d’une part de leur liberté.

Pour que tous soient un

On objecte alors que la venue d’une nouvelle association de parents dans l’Ecole Catholique aurait pour effet de briser l’unité de cette dernière. Cela est confondre union et uniformité. C’est aussi omettre que l’Apel, prenant des positions à l’emporte pièce, a failli à son devoir de cohésion. C’est enfin mêler les ordres, dans le but d’imposer une hégémonie. Seule l’Église est une. Seul le Christ est garant de notre union. Seule l’Évangile rassemble ce qui est divisé. Les Apôtres, si l’on se souvient bien, n’ont pas toujours fait preuve de convergence et d’unanimité. Ce sont leurs disputes, violentes parfois, qui ont dynamisé l’Église et fait entrer les chrétiens dans l’Histoire. Un groupe uniforme est un corps sans forme. Un corps sans parties est un organisme sans vie. « Si tous étaient un seul et même membre », s’interroge Saint Paul dans la Première Épître aux Corinthiens, « où serait le corps ? »

Engagement diffusif mais non pas exclusif

On pourrait en déduire alors que c’est précisément la confessionnalité d’une association qui dynamisera l’ensemble où cette dernière prend racine. Les parents chrétiens sont appelés, au même titre que les autres mais d’une manière différente, au devoir de charité comme aux impératifs de l’ouverture. Ils ont à se faire pauvres, missionnaires et secourables, ainsi que l’est leur Dieu. Cette exemplarité, le Pape François l’a précisément rappelée en 2015, à l’occasion d’un discours à l’Association des Parents des Ecoles Catholiques. « Apportez », a-t-il affirmé avec force, « votre contribution afin que l’Ecole Catholique ne devienne jamais un repli. » Pour ce faire, le Pape a dégagé deux priorités, qui pourraient être celles de tout parent chrétien : « favoriser l’harmonie des diversités » et « jeter des ponts ». C’est donc parce qu’elles sont catholiques que les familles de l’enseignement privé sous contrat sont ouvertes. C’est parce qu’elles ont eu le Christ pour lumière qu’elles ont vocation à être crèche pour le monde.

Et les Parents musulmans ?

Se pose de fait la question des enfants élevés dans l’Islam. Si une association de parents, relevant d’une confession, est reconnue par l’enseignement privé sous contrat, pourquoi pas alors une deuxième, représentant une autre confession ? Le débat, d’importance, mérite d’être soulevé. Toutefois, ce n’est pas à des parents, mais bien à l’Église et à l’État d’y prendre part. Le principe élémentaire de la subsidiarité demande en effet à ces institutions de se prononcer sur le sujet, indépendamment de toute autre exigence. Si l’Église accepte la création d’une association de parents musulmans au sein de ses écoles, qu’elle le dise. Si l’État, entérinant ce fait, ait un jour à se prononcer sur la fondation d’un enseignement musulman à l’échelle nationale, qu’il le fasse. Rappelons toutefois que l’obtention d’un droit n’entraîne pas nécessairement l’accord d’un autre. « C’est faire violence à la loi », avertit la jurisprudence romaine, « que de l’interpréter, non dans son ensemble, mais à partir d’une disposition particulière. » On en conviendra qu’il est tout de même piquant de refuser à des parents chrétiens de se constituer, au cœur même de l’Église, en association confessionnelle par la seule crainte de la venue d’une autre confession. Imagine-t-on les Apôtres hésitant à poursuivre leur œuvre missionnaire par peur d’avoir un jour à se confronter à d’autres croyances ?

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La fondation d’une association de parents à caractère confessionnel dans l’Ecole Catholique n’est pas seulement un droit, c’est une urgence. Il y a urgence à responsabiliser les familles sur la question de la transmission de la foi. Il y a urgence à rappeler à l’Ecole Catholique le rôle missionnaire qu’il lui appartient de jouer auprès des enfants. Il y a urgence à montrer à ce monde en phase de sécularisation accélérée que des parents sont prêts à prendre des responsabilités au nom de leurs convictions les plus profondes. A y songer de près, il est presque scandaleux qu’une telle initiative n’ait pas été prise auparavant. Comment se fait-il que l’épiscopat français n’ait pas appelé voire encouragé ce genre de projet ? Qui saura dire pourquoi les évêchés se sont habitués à dialoguer avec une association qui siégeait en leurs murs sans prêter la moindre allégeance ? Peut-être même y aurait-il corrélation entre cet agnosticisme d’institution et l’état actuel de l’enseignement privé sous contrat, lequel est devenu, aux dires de certains, une école publique payante. Il est temps que l’Église, Mater et Magistra, reconnaisse l’initiative enclenchée par « Parents Pour l’École ». Il est temps que le corps des évêques soutienne ces familles soucieuses de l’institution scolaire. Il en va de la liberté éducative des parents, de la croissance spirituelle des enfants et de la vitalité de notre pays. La confessionnalité de « Parents Pour l’École » n’est pas un danger pour l’enseignement privé sous contrat. C’est une autre manière de participer à la vie des établissements. C’est un nouveau lien qui entend unir familles, écoles et Église. C’est une réponse donnée aux défis de notre temps.

Olivier Gosset, « Parents Pour l’École ».