Conjuguer les exigences de l’Amour avec celles de la Vérité

Tout au long de son histoire, notre Eglise a eu soin de canoniser nombre de saints éducateurs et éducatrices. Certains ont été à l’origine de congrégations engagées dans cette vocation et l’on a heureusement gardé les recommandations prodiguées aux cadres de leurs institutions. On peut les résumer ainsi : ” Dire la vérité sans amour durcit, témoigner de l’amour sans être dans la vérité corrompt “. Qu’ il s’ agisse des parents premiers éducateurs ou de leurs indispensables alliés enseignants, il faut tenir le cap de ” l’Amour dans la Vérité ” dans les relations avec nos jeunes, faute de quoi l’ on augmente le taux des blessés et révoltés d’un côté, celui des amoraux et des pervers de l’ autre : sinistre bilan ! Il s’agit d’un sérieux défi , car l’ éducateur peut toujours être tenté par le désir de gagner un ” bras de fer “, par jeu ou par orgueil, ou de céder, par lassitude ou par démagogie. En outre , il faut bien admettre que, parent ou enseignant, nous procédons mieux face à certains types de personnalité que face à d’autres, avec le risque d’ être accusés de pratiquer le scandaleux :” Deux poids , deux mesures ” !

Une première piste de réflexion nous est donnée par la lecture de la Genèse , ch1v27 : ” … à l’image de Dieu, Il les créa, homme et femme Il les créa …”. L’ expression est répétée, semble-t-il, pour bien faire comprendre que l’humanité ne peut revendiquer d’ être à l’image de Dieu – Amour, que dans l’alliance des valeurs viriles et féminines. Le chapitre deux va nous donner un éclairage sur la spécificité de chaque sexe. Tout d’ abord en précisant que l’ homme et la femme n’ ont pas été créés en même temps. L’ homme est créé en premier et à partir de la matière minérale, qui est soumise à des lois physico chimiques strictes. Après lui avoir donné la vie, Dieu présente les animaux à l’homme et lui demande de leur donner un nom ce qui, dans la culture juive, équivaut à l’exercice du gouvernement. Cette autorité de gouvernement est liée à une perception visuelle et donc extérieure de l’ être vivant, considéré au ” for externe ” pour parler comme les théologiens. Et de fait, l’expérience montre que l’homme est plus à l’aise, quand il gouverne en fonction de règles strictes et au vu de comportements visibles vis à vis de ces règles. Dans un deuxième temps, pour mettre fin à la triste solitude de l’ homme, Dieu crée la femme, qui est tirée de l’intérieur de l’ homme et de sa chair bien vivante et non de matériaux minéraux. On peut comprendre qu’ elle gardera de cette origine différente cette capacité, que nous lui connaissons bien de percevoir intuitivement ce que l’autre ” a dans le ventre “, selon l’expression populaire, au ” for interne ” selon le langage des théologiens. Sa forme d’ autorité, bien à elle, est liée à ce don de nature, une autorité d’ influence. Elle préférera inspirer la Loi et laisser l’homme la proclamer… et la faire respecter. Mais l’ homme avisé saura modulant la manière d’exercer son autorité de gouvernement en suivant les conseils de la femme. L’autorité parentale ne s’exerce jamais aussi bien que dans la complicité d’une autorité de gouvernement exercée par le père et d’une autorité d’influence exercée par la mère qui se porte bien, au passage, d’ être sécurisée par la Loi ! Elle peut alors plaider les circonstances atténuantes et solliciter une réduction de peine, présenter la demande de pardon et en obtenir l’ octroi ! Cette complicité dans un couple exige que l’on soit soumis l’un à l’autre, comme le dit St Paul aux Ephésiens, ce qui, en outre, montre que l’ égalité en dignité ne relève pas d’une identité de nature, encore moins du choix d’ un ” genre “. C’ est Dieu, qui a voulu cette différence des sexes, une richesse à méditer et à transmettre à notre jeunesse .

L’ école est un monde, qui présente une analogie avec la famille, avec les exigences de la vie sociale et celles proprement scolaires, méthodes d’apprentissage, règles à connaître et appliquer, rigueur de raisonnement, entraînement de la mémoire, etc… Parallèlement, s’ impose la nécessité de détecter les goûts et talents des élèves, leurs richesses propres qui peuvent être intellectuelles, techniques, artistiques, relationnelles, etc. Sans tolérer de passe droit, il faudra aussi être attentif aux situations douloureuses de certains élèves, qui ont besoin d’être écoutés, conseillés et réconfortés. Certains enseignants se situent eux-mêmes davantage dans les exigences de la “Loi ” scolaire, leurs interlocuteurs devraient être les pères ! D’autres davantage dans la perception de la personne intime de l’ enfant ou du jeune. Et Dieu veuille que le monde enseignant reste “bisexué ” et pas exclusivement féminisé ou presque, ce qui est souvent le cas ! En tout état de cause , il est souhaitable que l’élève trouve aussi dans sa relation avec le monde enseignant cette complémentarité des deux formes d’ autorité, ce qui facilite la conjugaison des exigences de l’ Amour et de la Vérité. Nous explorerons ultérieurement d’autres pistes de réflexion sur ce thème important.

Père Yannik Bonnet