L’importance du questionnement dans la recherche du Vrai

L’école catholique ne peut se contenter d’instruire la jeunesse pour lui permettre de passer des examens et d’être capable de décrocher des diplômes. Elle doit contribuer à former des intelligences à la réflexion, à l’esprit critique, à la capacité de se déterminer face à une situation nouvelle en restant fidèle à l’enseignement de l’Eglise. Celle-ci nous rappelle régulièrement que l’ Amour, fondement de notre vie, est inséparable de la Vérité. Dès le premier livre de la Bible, la Genèse, on voit le Malin utiliser le mensonge pour dévoyer le premier couple et toute l’histoire de l’humanité témoigne de l’importance des choix à opérer pour éviter les catastrophes. Jusqu’à la fin du monde, le Malin continuera à répandre des erreurs et à proposer des fausses pistes pour le plus grand malheur des humains. Le vingtième siècle et les hécatombes provoquées par les deux grandes idéologies, communisme et nazisme, nous en ont donné la preuve douloureuse. Mais la montée en puissance des médias audiovisuels a rendu plus cruciale l’exigence de la formation au discernement . Endoctriner notre jeunesse serait prendre les moyens de l ‘Adversaire, qui ne cherche surtout pas à former les intelligences.

Il n’est pas anodin que le Concile de Vatican II, dans la constitution “Gaudium et Spes” ait classé en deuxième position d’urgence pastorale le thème de la culture, immédiatement après celui de la restauration du mariage et de la famille. Peu avant le Concile, le pape Jean XXIII avait dans un texte, peu connu, “Veterum Sapientia”, montré que l’on ne pouvait se passer, pour former les intelligences des chrétiens, faire fi de l’apport de l’héritage gréco-latin. Au coeur de cet héritage, Socrate a montré l’importance du questionnement, qui évite que l’émotionnel et l’affectif ne prennent le pas sur la raison. Or la pensée chrétienne, comme l’a rappelé Jean Paul II, est Fides et Ratio, foi et raison. Saint Thomas d’Aquin, le docteur commun, qui est le théologien le plus cité dans Vatican II, fait dans son oeuvre magistrale un usage permanent du questionnement, se refusant à énoncer une doctrine sans avoir préalablement examiné rationnellement les “idées reçues”. Face à une affirmation erronée, la démarche qui consiste à questionner et non à contrer a en outre le mérite de ménager l’amour propre de l’autre, qui peut modifier sa façon de penser sans perdre la face ! Et, dans la réflexion personnelle, examiner les thèses existantes en se posant systématiquement des questions pour voir si ces thèses “tiennent la route” oblige à un travail de la raison, qui est toujours formateur. L’école est trop souvent devenu un lieu où l’on gave les élèves avant de vérifier s’ils régurgitent bien ce qu’on leur a ingurgité ! Quel que soit le potentiel intellectuel des jeunes, il y a nécessité de leur apprendre à réfléchir, pour qu’ils gardent toute leur vie le désir et la capacité de rechercher cette Vérité qui donne les bases d’un Amour authentique. C’est une des grandes missions de l’ Enseignement catholique et il est impératif que les familles le lui rappellent avec force et insistance.

Père Yannik Bonnet