« Quelle école voulons-nous pour demain ? » : Compte rendu de la conférence du 7 11 2016

Un sympathisant de notre association a eu la gentillesse de bien vouloir nous transmettre ce texte, qui est un compte rendu de la conférence que nous avons donnée à Lyon le 7 novembre. Le remerciant de sa délicatesse, nous publions ses notes telles quelles.

INTERVENANTS
Philippe Laporte : président de l’association des parents d’élèves de Sainte-Marie Lyon

Olivier Gosset : enseignant de lettres au collège & en classes préparatoires (Sainte-Marie Lyon)

Jean-François Chemain : enseignant d’Histoire-Géographie-EMC en collège public

Xavier Dufour : Modérateur, enseignant de Mathématiques au lycée (Sainte-Marie Lyon)

INTRODUCTION (X. Dufour)
L’état actuel du système d’Education Nationale est alarmant. Il semble évident que l’institution scolaire ne cesse d’échouer dans sa mission de transmission des savoirs fondamentaux. On fait état des résultats accablants. Les écarts de niveau ne cessent de se creuser. Dans les salles de classe le brouhaha domine. Les enseignants sont sommés de s’adapter à leur public en proposant d’animer des activités ludiques. Dans les familles s’installe une rupture de confiance. Les solutions proposées par les divers ministères et associations éducatives sont rares, alors même que les moyens financiers n’ont jamais été si colossaux. Quel avenir alors pour l’école ? Quelle école voulons-nous pour demain ?

PREMIERE INTERVENTION (O. Gosset)
Dès l’introduction de son propos, Olivier Gosset envoie un message aux parents : nous devons rétablir avec force la primauté de l’éducation familiale conçue comme socle indispensable de l’éducation scolaire. Il ne faut plus rien attendre du gouvernement, qu’il soit « de gauche » ou « de droite » : la réforme du collège imposée par un coup de force constitutionnel, en est la preuve éloquente. Elle établit la mort du latin et du grec, la diminution du temps de travail de l’élève (de 28h à 26h en 3ème), le remplacement des matières par des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires et l’Accompagnement Personnalisé en groupes de 30. Gardons-nous aussi d’espérer en l’enseignement privé sous contrat. L’Ecole Catholique est démissionnaire : les évêques se font remarquer par leur silence, l’Association des Parents d’Elèves de l’Enseignement Libre s’est soumise aux dernières réformes sans rien demander aux parents.

Dénuée de puissance institutionnelle, l’école est de fait dans les mains de la seule institution qui a reçu légitimité pour éduquer : la famille. Celle-ci est éminemment institutrice, dans la mesure où elle fait de chacun d’entre nous un être reçu qui apprend à recevoir. En son fonctionnement même, la famille enseigne le don, l’héritage et l’oblation. Or ces vertus sont précisément à l’œuvre dans l’acte d’apprendre. Par conséquent, toute famille, éducatrice par nature, est responsable de l’éducation des enfants qu’elle porte. D’ailleurs, droit civil et droit religieux ne s’y trompent pas, qui reconnaissent aux parents le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.

Dès lors, il est temps de repenser les rapports qui doivent unir, dans le monde social, la famille et l’école. Premièrement, il convient de rappeler, au nom de ce primat parental, le rôle de suppléance de l’institution scolaire : l’école vient compléter une éducation qui se reçoit d’abord en famille. De même, il est important de rappeler le soutien que doivent jouer les parents de l’école : des enfants bien élevés seront des élèves plus faciles. Mais cette confiance ne saurait être allégeance : il importe aux parents d’apprendre aux enfants à se défier de ce que peut imposer l’école. Poussant jusqu’au bout cette logique, O. Gosset n’hésite pas à évoquer la possibilité d’une substitution : puisque l’école consent à ne plus instruire, il ne faut pas s’étonner si des parents sont tentés de se faire instituteurs de leurs enfants. La multiplication des écoles hors contrat, la possibilité de faire l’école à la maison ne peuvent qu’attester de la réalité de cette proposition.

SECONDE INTERVENTION (J-F Chemain)
Jean-François Chemain dresse un portrait au vitriol de l’école publique, avec pour appui son expérience personnelle. Les élèves qu’il a essayé de faire grandir n’ont pas d’acquis palpable, en surface comme en profondeur. Plutôt que de tenter de les tirer vers le haut, le système englue les enfants dans des méthodes qui les mettent davantage en échec. Pire, égalitaristes et « pédagogues » suppriment ce qui marche (classes européennes) et maintiennent ce qui fait échouer (collège unique, obligation scolaire jusqu’à 16 ans, dévalorisation des filières professionnelles).

L’enseignement quant à lui est partial, sélectif. Ainsi, dans le programme d’Histoire, on réécrit ou abolit Clovis, Charlemagne, Saint Louis et Richelieu. La Guerre d’Algérie est généralement passée sous silence, le Moyen-âge est abordé davantage du point de vue de l’Orient que de l’Occident, et l’histoire de l’Empire français se trouve raconté du point de vue des « colonisés ». Par conséquent, les élèves de banlieue, peu enclins à accorder leur confiance à l’institution scolaire, augmentent leur mépris et leur défiance.

J-F Chemain propose, pour sortir de l’impasse, de rejeter le conformisme autant que les idées préconçues. Il en appelle à la liberté de penser, au respect de tous les types d’intelligence, aux passerelles entre le monde le l’école et celui de l’entreprise, à des programmes qui donnent quelque chose à aimer, et d’abord notre pays, la France. Enfin, il recommande de joindre à l’accueil de personnes d’origines diverses la réalité d’une école qui respecte la dignité de toute personne humaine.

TROISIEME INTERVENTION (Philippe Laporte)
Philippe Laporte rapporte la genèse de l’association « Parents Pour l’Ecole ». Il évoque les deux missions de cette dernière : veiller à la qualité de l’enseignement dispensé dans les écoles privées sous contrat, promouvoir les initiatives visant à faire grandir spirituellement les enfants dans ces lieux. Il insiste sur l’importance de l’adhésion à « Parents Pour l’Ecole » : plus les membres seront nombreux, plus l’association pourra faire poids. Il rappelle aussi l’objectif de l’association pour l’année 2016-2017 : mettre l’école au cœur du débat présidentiel. Pour ce faire, il invite les participants à signer une pétition intitulée « Rendez à la France son école ». Ayant obtenu plus de 8 000 signatures, ce texte sera remis en mains propres à tous les candidats se présentant à l’élection de 2017. Le lien qui conduit à la dite pétition se trouve ici :

http://www.citizengo.org/fr/37468-rendez-france-son-ecole

 

CONSEILS DE LECTURE
A l’occasion de discussions avec le public, les orateurs ont donné quelques pistes en s’appuyant sur plusieurs ouvrages. Ces derniers sont les suivants :

  • L’Ecole catholique malade de la transmission, revue « Liberté politique », hiver 2016, no 68, ouvrage collectif

  • Collège Supérieur (collectif) : Pourquoi enseignons-nous ? Ecole du sens, Sens de l’Ecole (SOS Education, 2016)

  • BARJON, Carole : Mais qui sont les assassins de l’école ? (Robert Laffont, 2016)

  • CHEMAIN, Jean-François : Kiffe la France (Via Romana, 2011)

  • DE COCK, Laurence & PICARD Emmanuelle (dir.) : La fabrique scolaire de l’histoire (Agone, 2009)