A qui la faute: enquête choc au cœur du système scolaire français

Mais qui sont les assassins de l’école ?

de Carole Barjon

Robert Laffont, septembre 2016, 210 pages

« On peut très bien réussir dans la vie sans maîtriser l’orthographe ». Scandalisée d’entendre ces propos dans la bouche d’une enseignante, la journaliste se lance dans une enquête afin de savoir qui se permet d’inciter à assassiner la langue de Molière. Défausse à tous les étages : « les pédagogues pointent la responsabilité des didacticiens ; les didacticiens celle des formateurs ; les fabricants de programme celle des éditeurs de manuels scolaires…et tout le monde accuse en définitive les enseignants d’être conservateurs et de ne rien vouloir changer. »

Il ressort cependant deux figures « assassines » majeures: Bourdieu et l’IGEN. L’auteur des Héritiers (1964) a réussi à établir comme une vérité générale que l’école française est par essence reproductrice d’inégalités sociales et qu’elle a naturellement tendance à amplifier ces inégalités.

Pour Bourdieu, il faut donc créer un jargon pédagogique volontairement incompréhensible aux yeux des familles afin de couper l’élève de toute influence sociale et de rétablir de la sorte un système réellement méritocratique et démocratique.

L’Inspection Générale de l’Education Nationale (IGEN) s’est quant à elle chargée de mettre en œuvre à la lettre ces recommandations, à partir de 1989. Avec succès ? « C’est vrai : ça n’a jamais marché. Mais on continue d’essayer ! » Pire : « on a remplacé une culture élitaire par une culture anti-élitaire qui est franchement élitiste ». Bref, « on prend les enfants de pauvres pour des cons ».

Alix Grosgrès – Décembre 2016