La place et le rôle de l’école dans la société

Aucune personne censée ne doute de l’importance de la transmission aux jeunes générations d’une instruction, qui permette à chaque personne parvenant à l’âge adulte, de pouvoir vivre d’un travail et s’ insérer dans la vie sociale.

Cette transmission s’ est longtemps effectuée sans que les adultes aient dû mettre en place une institution scolaire. La cellule familiale jouait un rôle important dans l’acquisition du langage et celle des pratiques de la vie courante, et les anciens transmettaient le savoir faire empirique, qu’ils avaient eux-mêmes reçu et souvent perfectionné.

La croissance de la population, la complexification de la vie sociale et économique, l’augmentation des connaissances, celle des échanges culturels et commerciaux, enfin le considérable essor des technologies, tout cela a contribué à la nécessité de créer puis de développer des écoles, puis des établissements d’enseignement d’un niveau toujours croissant.

A l’époque moderne, qui est la nôtre, il est clair que le développement d’ un pays est lié à la qualité de ses institutions scolaires et universitaires. Et toutes les cellules de la société, de la famille à l’Etat, savent que le service rendu par l’enseignement est d’une importance capitale.

De ce fait, la question de la place de l’institution à vocation enseignante est incontournable.

La famille, à juste titre, souhaite qu’elle soit accessible à ses enfants sans discrimination sociale, politique, économique ou religieuse, le monde professionnel au sens large souhaite qu’elle donne une instruction qui permette l’acquisition d’une formation aux divers métiers, et, implicitement la société civile souhaite que l’Etat soit au service du “Bien commun”, en garantissant aux citoyens la mise à leurs dispositions d’une instruction de qualité.

Or l’histoire moderne montre que l’Etat peut être au service d’ idéologies politiques, désireuses de se servir de l’école pour garder le pouvoir en imposant les programmes, en sélectionnant les enseignants en fonction de leur conformité avec la “ligne” des dirigeants, en réservant la manne économique issue de l’impôt aux “bien pensants”!

Dans le cas qui nous concerne particulièrement, “grâce” au quinquennat de F. Hollande, la question des libertés scolaires a pris une acuité telle qu’elle pose la nécessité de “libérer” l’école d’une tutelle étatique parfaitement abusive.

Il sera nécessaire, dans un futur le plus proche possible, d’inscrire dans la Constitution le principe d’une école, certes respectueuse de l’ordre public, mais répondant au désir légitime des parents d’y voir leurs convictions religieuses et philosophiques, respectées et transmises, et ceci en faisant un usage équitable de l’ impôt, c’ est à dire en versant à la famille le montant du “prix de revient standard” correspondant au niveau scolaire de leur enfant (montant ne pouvant être utilisé qu’ à cet usage!).
Le “chèque scolaire”, puisque c’est le nom donné à ce mode de financement, n’est pas une innovation, il est en vigueur dans plusieurs pays, par exemple aux Pays Bas. Il permet l’existence d’un enseignement libre, en toute justice, mais il est généralement, en France, ignoré des catholiques et des responsables de l’enseignement, improprement appelé libre, mais qui ne l’est pas!
Pour reprendre le langage de la doctrine sociale de l’Eglise, l’école est un “corps intermédiaire”, et le principe de subsidiarité exige que l’Etat lui permette d’exister, de façon autonome, dans le respect de la justice au service de toutes les familles.

Pour compléter le nouveau dispositif, il sera en outre nécessaire de mettre en place, au nom du Bien Commun, un contrôle de la qualité de l’instruction dispensée, ce qui n’existe pas à l’ heure actuelle.
Un tel contrôle peut être sous traité à des professionnels de la société civile, comme cela a été fait pour le contrôle technique des véhicules automobiles.
Là encore, il est curieux de constater qu’un tel contrôle existe dans notre pays, mais uniquement pour les Ecoles d’ingénieurs : cela s’appelle la “Commission du titre d’ingénieur” et cela fonctionne très bien, dans l’ignorance quasi-générale de nos concitoyens!
En revanche, notre Education Nationale n’est pas soumise à un contrôle qualité, effectué par un organisme extérieur à elle-même, ce qui explique la baisse régulière du niveau scolaire des petits français, en regard de celui des élèves des autres pays, comme le montre les tests internationaux, dont les résultats sont diffusés par les média.

En conclusion, il faudra bien remettre en question le principe même d’une “Education Nationale”, bien sûr parce que les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants mais également parce que l’instruction elle-même ne doit pas être aux mains de l’Etat, en raison du risque de totalitarisme. En revanche, restera à l’Etat la mission de garantir que l’école ne porte pas atteinte à la paix civile, qu’elle est fidèle à une civilisation multi-centenaire qui a fait sa grandeur.

Père Yannik Bonnet