Réforme du collège : l’école libre sous hypnose

« La coexistence entre les êtres humains n’est dûment ordonnée que si elle se fonde sur la vérité »
Jean XXIII, Pacem in terris.

Imposée par décret en mai 2015, la réforme du collège a suscité dans l’enseignement privé sous contrat des remous. Localement, des associations de parents d’élèves s’insurgeant contre l’assentiment que donnait l’Apel à ces dispositions faisaient rupture avec cette dernière. A l’échelle nationale, parents et enseignants du privé rejoignaient des mouvements de protestation issus du public. Pour la première fois depuis leur séparation, les deux écoles s’associaient en une indignation partagée.

Surprises par ces initiatives, les autorités de l’enseignement privé sous contrat tentaient de calmer le jeu. Caroline Saliou, reconnaissait, en octobre 2015, que le sort des langues anciennes et des classes bilangues « posait problème ». Pascal Balmand, Secrétaire Général de l’Enseignement Catholique souhaitait en août 2016 soutenir cette réforme, « tout en signalant des points de vigilance ». Ces contre pieds, inattendus de la part des thuriféraires du projet, laissaient espérer une critique, faisaient entrevoir d’autres propositions.

La réalité des faits démentit vite cette attente. Soucieuse de dissiper le trouble, l’Apel publiait sur son site un onglet dédié à la réforme du collège. On y apprenait que l’association « soutenait celle-ci », arguant que « l’Enseignement catholique et ses partenaires y étaient également favorables ». Le Secrétariat Général de l’Enseignement catholique proposait de son côté un « kit d’appropriation des programmes de l’école et du collège. Les atermoiements étaient oubliés, on passait de la réserve au soutien et du soutien à la mise en œuvre : les critiques initialement formulées ne semblaient rétrospectivement que façade.

A l’inverse, l’enseignement catholique publiait un texte qui trahissait une promptitude au consentement. Ni datée ni signée, une « Mise en place de la réforme du collège » commençait par discréditer les adversaires cette dernière arguant que la « liberté » qu’elle mettait en œuvre pouvait « paniquer ». Mieux, elle opposait à cette fébrilité alléguée un optimisme qui confinait à la cécité : le texte s’achevait par une invitation à « penser et à vivre la réforme du collège à la lumière de ce que peut apporter l’invitation à réenchanter l’école ». Ainsi, le décret imposé ne devait pas empêcher de « réenchanter le nous », « les savoirs », « les possibles », « la relation », et même, assurait-on, « notre rapport au monde ». Par une convergence inattendue, les féeriques intentions portées par Monsieur Balmand trouvaient, dans les vues de Madame Vallaud-Belkacem, un prolongement, une confirmation. L’enchanteur Merlin se félicitait d’avoir enfin trouvé, au plus haut sommet de l’État, sa Mélusine.

Disparate, ce duo aurait pu faire sourire, si les noces célébrées ne l’avaient été au détriment des élèves. Le document cité énonce en effet des constats que la réalité de nos collèges, privés ou publics, dément chaque jour. On s’y félicite d’un «horaire dédié à l’accompagnement personnalisé », « selon les besoins de chacun ». Si elle est effectivement octroyée par la réforme du collège, l’heure d’accompagnement personnalisé ne présente, aux yeux des enseignants comme des élèves, qu’un seul inconvénient : elle se déroule en classe entière. On vante en outre des « enseignements pratiques interdisciplinaires », qui « ne se traduiront », par aucun « affaiblissement des savoirs ». Si les fameux EPI sont effectivement réalisés à l’occasion de tel ou tel horaire disciplinaire, comment cela pourrait-il, en termes de temps, ne pas affecter la discipline en question et donc le savoir lui-même ? Enfin, on assure que « le maintien des classes bilangues est acquis dans beaucoup de territoires ». Triomphalisme qui confine à l’antiphrase, une telle assertion passe sous silence le fait que bien des enfants ont dû arrêter, en cours de scolarité, un parcours bilangue, des Académies entières ayant été spoliées, tandis que d’autres furent préservées. Révélateur d’une institution en crise de clairvoyance, « La Mise en place de la réforme du collège » montre une direction insoucieuse des réalités du terrain. En politique, on appelle cela un déficit de représentativité. Dans l’Église, il s’agit d’un défaut de communion, la tête du corps n’étant plus liée à aucun de ses membres.

La réforme du collège et l’assentiment qu’y donnèrent les autorités de l’école libre furent un choc. De toute crise sort un bienfait, chaque mort étant source de résurrection et donc de paix. Mais la concorde ne peut s’établir sans souscrire aux impératifs de la raison. Il est temps que l’école libre revienne sur les illusions qui furent les siennes. Il est temps de prendre mesure de la secousse qui ébranlèrent les consciences. Faute de quoi d’autres trahisons seront à attendre, et d’autres cris seront à entendre. La vérité, enseigne le Magistère, est condition première de toute paix.

Olivier Gosset, parent d’élèves, enseignant et membre de « Parents Pour l’école ».