Le cercle vicieux de la pensée circulaire

Les blagues à PISA

de Daniel Bart & Bertrand Daunay

Editions du Croquant, juin 2016, 130 pages

Depuis 2000, l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) propose, par l’entremise de son Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA) de fournir tous les trois ans aux pays évalués des indicateurs fiables « au service de l’action publique », afin de montrer « dans quelle mesure les élèves sont préparés à relever les défis inconnus que l’avenir leur réserve, sachant que les connaissances qui leur sont enseignées maintenant ne leur suffiront pas. »

Auto-proclamée « l’initiative la plus complète et la plus rigoureuse qui ait été entreprise à ce jour à l’échelle internationale pour évaluer le niveau de compétence des élèves », cette enquête est en réalité, selon l’analyse des auteurs, aux antipodes d’un écrit académique de recherche. Loin d’être soucieuse de vérifier ou de prouver ses assertions, encore plus loin de présenter une vision nuancée et plurielle du monde, le PISA s’avère être une formidable « machine à produire du discours », « en roue libre ».

Où la tautologie rivalise avec les idées reçues, l’arrogance avec la commisération, le tout avec un ton d’une « tranquillité désarmante » qui est le propre des Importants. Démonstration de la puissance de l’OCDE, ce dispositif fabrique « un monde d’entités fantasques » qui lui ressemble et se fonde sur sa vision exclusive de la réussite sociale, toute entière axée sur les principes entreprenariaux. Un monde qui, dans la bouche de son secrétaire général, « n’a que faire des traditions, ne pardonne ni la faiblesse, ni la complaisance, et ignore les us et coutumes ». Et sans blagues, ça donne quoi ?

Alix Grosgrès – Avril 2017