Quelle autonomie pour nos écoles ?

« La République c’est le droit de tout homme à avoir sa part de la souveraineté »
Jean Jaurès

Depuis que la campagne présidentielle s’est penchée sur le thème de l’école, l’autonomie est devenue remède à tous les maux. Le candidat Fillon, dans ses propositions pour l’éducation, affirme vouloir « encourager l’autonomie des écoles, des collèges et des lycées ». L’Apel, avec ses Convictions et Propositions, aimerait « augmenter l’autonomie et le pouvoir de décision des chefs d’établissement ».

D’inspiration libérale, cette appétence surprend quand on sait qui la formule. N’était-ce pas François Fillon qui, en 2005 et avec sa loi portant sur l’école, arrima le collège de France aux exigences européennes d’un enseignement par compétences ? Quant à l’Apel, lorsqu’elle souscrivit en 2015 à la réforme du collège, ne permit-elle pas de rendre les propositions optionnelles exclusivement tributaires de directives rectorales ?

Telle qu’elle est formulée, l’autonomie actuellement promise est revendication impossible à satisfaire. Par le fait de la loi Fillon, qui ne garantit plus au collège que « l’acquisition d’un socle commun », l’État s’est désinvesti de son engagement sur la transmission des savoirs. De même, en confiant par son article 13 le « socle commun » au Conseil Supérieur des Programmes, la loi Peillon attribue à l’exécutif le pouvoir de décider de ces questions. Quant à la réforme du collège, qu’un décret imposa en 2015, celle-ci stipule à l’article 7 de son arrêté que tout « enseignement de complément » est désormais dépendant de la «dotation horaire attribuée à l’établissement». En dix ans seulement, la question éducative a été transférée à l’arbitraire des puissants. Les programmes dépendent d’un conseil nommé par le Ministère, les options sont le fait des recteurs désignés par la rue de Grenelle, laquelle se plie aux injonctions de Bruxelles. Dans un tel dispositif, y a-t-il une marge de manœuvre possible ? Est-on libre si l’on est dans la dépendance ?

Fondamentalement, ces interrogations posent la question de la liberté en politique. Dans notre République, celle-ci est puissance d’action qui se transfère aux autorités par décision du corps électoral. Elle ne se déduit pas de l’arbitraire des puissants mais d’une délégation conférée par le peuple des votants. A cet égard, il ne peut y avoir d’indépendance sans assentiment des citoyens. Il n’est donc pas de liberté sans responsabilité du corps civique.

Or les actuels chantres de l’autonomie oublient le dessaisissement auquel ils consentirent. Ce sont eux qui ont fait de l’économie le critère premier des décisions à prendre pour l’école. Ce sont eux qui ont décidé d’aligner cette dernière aux normes internationales Ce sont eux qui ôtèrent aux enseignants la direction des programmes pour la confier à de prétendus experts. Ce sont eux qui attribuèrent à l’exécutif un pouvoir exorbitant. Ce sont eux qui écartèrent les parents des décisions éducatives. Ce sont donc eux qui désolidarisèrent école, État et nation.

L’éducation ne sortira de cette aliénation à l’argent et aux cols blancs que par retour à l’autorité et à la légitimité. Il n’est pas de loi sans volonté générale. Il n’est pas de Ministère sans esprit de service. Une autonomie sans souveraineté n’est qu’anomie. Une autonomie sans libéralité n’est qu’anémie.

L’école n’appartient ni à des commissions, ni à un Conseil, ni même à une administration. Elle est offerte à tous, car habitée de tous. « La loi », rappelle très opportunément l’article 34 de notre Constitution, « détermine les principes fondamentaux de l’enseignement ». C’est sur ce socle de prérogatives discutées, décidées et appliquées, qu’une autonomie peut s’envisager. Faute de quoi la liberté promise ne sera que pauvreté masquée. Et cette indépendance, dérégulée, porte ouverte à toutes les errances.

Olivier Gosset, parent d’élèves et enseignant, membre de « Parents Pour l’École »