Un effondrement coupable

Les blagues à PISAUn petit fonctionnaire

d’Augustin d’Humières

Grasset, mars 2017, 130 pages

Qu’aurions-nous fait en 1940 ? Naguère, comme aujourd’hui au sortir de la lecture d’ouvrages comme celui-ci, « nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ». Se mettant en scène en tant que Résistant, l’auteur conspue les « bons petits soldats » de l’Education Nationale, ceux qui refusent de se battre et font comme si tout était normal, maintenant ainsi sous perfusion cette institution ravagée par le conservatisme et le corporatisme, par le dogmatisme et l’archaïsme des doctrines, par le clientélisme et le « taylorisme scolaire ». Une troïka intraitable garde tel Cerbère la porte de l’E.N. : les syndicalistes, les formateurs de l’ESPE, et les rédacteurs de manuels scolaires.

« Le jury cherche d’abord et avant tout des candidates qui leur ressemblent : dociles, serviles, soumises, n’ayant aucune intention de bousculer les codes et les hiérarchies ». Une fois rentrés dans le système, la principale préoccupation de ses fonctionnaires sera de « conserver leur pouvoir », l’essentiel étant que les apparences soient sauves. Les enseignants « qui croient encore qu’un élève peut faire des progrès » sont considérés comme des gens dangereux : « aujourd’hui, faire cours est devenu hautement subversif ».

Présentée comme une énorme bulle, en apesanteur, toute à sa mission essentielle de protection de l’élite et de l’entre-soi, l’école de la République Française récolte en définitive ce qu’elle a semé lorsque certains de ses meilleurs éléments lui font exploser des bombes à la figure : amertume, frustration, ressentiment, et « une bonne grosse rancune ». Alors : que ferez-vous en 2017 ?

Alix Grosgrès – Mai 2017