La chasse est ouverte

Et si on tuait le mammouth ?

de Bernard Toulemonde & Soazig Le Nevé

Editions de L’Aube, janvier 2017, 230 pages

En 1997, Claude Allègre, alors ministre de l’Education Nationale, décroche en pleine réunion le tableau de maître représentant le marquis Louis de Fontanes, fondateur, sous le règne de Napoléon 1er, du système scolaire tel qu’il existe encore aujourd’hui : « Qui c’est, ce mec là ? Encore un réactionnaire !? » Si Allègre a popularisé l’emploi de la métaphore du « mammouth » pour désigner l’école française, c’est à l’un des auteurs que revient la paternité de l’expression. Vingt ans après, comme rien n’a changé, il revient à la charge avec ce livre, qui décrit à nouveau la Bête avec un art de la synthèse admirable, pour mieux encourager à l’abattre enfin définitivement pour mettre fin à sa douloureuse agonie. Mi-aveugle, mi-sourd, immobile, paralysé, adepte de la politique de l’autruche et friand de cache-misères, le Mammouth tient pourtant toujours debout, croyant encore tout savoir, prétendant encore tout régenter depuis sa tête hypercéphale. Fort de ses 12 millions d’élèves et de ses 860 000 enseignants, il s’arqueboute au conservatisme le plus absolu, s’entête dans l’irresponsabilité. Quant aux enseignants, « ils sont comme les musiciens du Titanic : ils font de leur mieux mais pendant ce temps là le bateau coule ». Pour mettre fin au désastre, deux mots, malheureusement intraduisibles en français : empowerment et accountability. Et des valeurs adaptées à notre temps : autonomie et décentralisation, créativité et innovation, coopération et collaboration de personnels formés, accompagnés, oeuvrant en équipes aux côtés des élèves grâce à une véritable pédagogie de projets. « Que le pouvoir vienne de la France d’en bas, et la confiance, d’en haut ! » A bon entendeur…

Alix Grosgrès

Mai 2017